Kitâb-i Bahriye de Piri Reis.

Kitâb-i Bahriye de Piri Reis.

Robert Mantran
La description des côtes de la Tunisie dans

le Kitâb-i Bahriye de
Piri Reis.
In: Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, N°24, 1977. pp. 223-235.
Citer ce document / Cite this document :
Mantran Robert. La description des côtes de la Tunisie dans le Kitâb-i Bahriye de Piri Reis. In: Revue de l'Occident musulman
et de la Méditerranée, N°24, 1977. pp. 223-235.
doi : 10.3406/remmm.1977.1427
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remmm_0035-1474_1977_num_24_1_1427
Résumé
Le «Kitâb-i Bahriye» ou livre de la navigation, rédigé par l'amiral turc Piri Reis dans le premier quart du
XVI ème siècle, constitue un ensemble d'instructions nautiques destinées à faciliter l'approche des
côtes méditerranéennes aux corsaires et marins ottomans. De ce livre ont été extraites ces pages qui
donnent la description des côtes de la Tunisie, c'est-à-dire depuis la frontière algérienne jusqu'à la
frontière libyenne, des ports, mouillages, ties, écueils, hauts fonds que le navigateur rencontre sur sa
route, les distances séparant les points remarquables, la meilleure façon d'aborder ports et mouillages
ou d'éviter les obstacles. Piri Reis fait aussi quelques incursions dans le domaine historique, mais son
information y est beaucoup moins sûre que son information maritime. Il est certain que, en ce qui
concerne les côtes tunisiennes (comme celles de l'Algérie, de la Libye et, généralement, de la
Méditerranée), sa description est - fondée en grande partie sur ses observations personnelles, car il a
lui-même navigué en Méditerranée occidentale à la fin du XVe siècle et dans les toutes première
années du XVIe siècle.
Abstract
The «Kitâb-i Bahriye» or book of navigation, written by the Turkish admiral Piri Reis during the first
quarter of the XVIth century, is a compendium of navigational instructions destined to facilitate the
approach of the Mediterranean coastline for Ottoman corsairs and sailors. The excerpts from this work
here presented offer a description of the Tunisian coast from the Algerian to the Libyan border, of ports,
anchorages, islands, and reefs. The distances between landmarks are specified as well as the best way
to reach ports and anchorages or to steer clear of obstacles. Piri Reis also makes a few excursions into
the realm of history but his information is in this regard much less dependable than his maritime data. It
is however certain that his description of the Tunisian coastline (as well as of those of Algeria, Libya
and, more generally, of the Mediterranean) is largely based on personal observations, for he himself did
navigate in the western Mediterranean at the end of XVth century and during the very first years of the
XVIth century.
LA DESCRIPTION DES COTES DE LA TUNISIE
DANS LE
KITÂB-i BAHRIYE de PI RI REIS
PAR
ROBERT MANTRAN
Dans un précédent article, consacré à la description des côtes de l'Algérie dans le
Kitâb-i Bahriye de Pîrî Reis *1',nous avions signalé que la traduction de la descrip
tionde s côtes de la Tunisie, d'après le même ouvrage, était faite depuis plusieurs
années et aurait dû paraître dans les Mélanges H. H. Abdulwahhab. L'édition de
ceux-ci se faisant attendre, nous publions ici cette traduction.
Nous ne reviendrons pas sur ce Kitâb-i Bahriye (Le Livre de la Navigation), ni
sur son auteur, Pîrî Reis : nous renvoyons le lecteur à l'article déjà mentionné.
Le passage concernant la Tunisie se trouve dans la deuxième partie du livre, de la
page 645 à la page 669, et est illustré de six cartes : de Annaba à l'île de la Galite
(p. 647), de l'île de la Galite à Tunis (p. 649), le golfe de Tunis et le Cap Bon
(p. 653), du golfe de Tunis à Monastir (p. 657), de Mahdiya à Djerba (p. 662),
le golfe de Gabès et Djerba (p. 669). Ces cartes ne sont pas qu'une illustration
du texte : elles complètent et y ajoutent parfois des informations, notamment
des noms d'îles, de reliefs côtiers que l'auteur n'a pas jugé utile d'introduire dans
sa description. L'ensemble, texte et cartes, constitue véritablement un recueil
d'instructions nautiques relatives aux côtes de la Tunisie.
Description des côtes de la Tunisie.
(p. 645) De Marsâ I-Khariz ^ à Tabarqa, il y a trente milles. A l'Est quart Nord-
(p.646) Est se trouve la forteresse de Tabarqa, depuis longtemps / en ruine. Devant
cette forteresse il y a une petite île qui est un bon port pour les petits
navires et les galères. Les navires qui s'amarrent à l'île jettent l'ancre
suivant le vent, car tout point de l'île convient; les navires qui entrent
(1) MANTRAN (Robert), la description des côtes de l'Algérie dans le «Kitab-i Bahriye» de
Pîrî Reis, R.O.M.M., n°* 15-16, 2e semestre 1973, p. 159-168. Comme pour cet article, nous
utilisons ici l'édition de H. Alpagut et F. Kurtoylu, présentée par Tûrk Tarin Kurumu, Istan
bul1 935.
(2) C'est le port de La Calle.
224 ROBERT MANTRAN _ 2
dans le détroit de l'île ne peuvent le faire que par l'Ouest, car de ce côté
le passage est large et sa profondeur est de quatre ou cinq brasses.
Ensuite, de Tabarqa à Ras el Mechâr *3*, il y a quarante milles, dans
la direction du Nord-Nord-Est; entre ce Ras el-Mechâr et Tabarqa, il y a
un port, qu'on appelle Kaytou (4'. Ensuite, de ce Ras el-Mechâr jusqu'à
l'île de la Galite, il y a vingt milles en direction du Nord-Ouest. Cette
île de la Galite est inhabitée; le mouillage de cette île est une baie au
sable blanc : cet endroit est un bon abri aux vents autres que ceux du
Sud, du Sud-Est et du Sud-Ouest. On ne trouve là que de l'eau saumâtre;
près de cette baie, parmi des rochers, des eaux semblables à de l'eau de
rose sortent avec force. Au large du cap au Sud-Ouest de cette baie, il y a
un rocher; les navires peuvent passer entre ce rocher et ce cap. Les chè
vres sauvages sont très nombreuses sur cette île de la Galite.
Ensuite, de la Galite jusqu'au cap à l'Ouest de Bizerte, il y a cinquante
milles, en direction de l'Est quart Sud-Est. Sur cette route, et proche de
(p. 647) la côte africaine, il y a deux / petites îles bombées; de la Galite on voit
ces îles à l'oeil nu; de loin certains les prennent pour des navires. Que
cela soit ainsi connu. C'est tout.


(p. 648) - Ce chapitre décrit la forteresse de Bizerte *5), au pays du Maghreb.
Bizerte est une forteresse qui appartient au sultan de Tunis. Devant
cette forteresse, c'est-à-dire du côté Est, il y a une enclave de mer qui
est comparable à un lac <6*; à l'intérieur il y a même des îles; c'est un lac
extrêmement poissonneux; les galères et les vaisseaux à rames peuvent
passer par le goulet de ce lac; la forteresse susdite est située à l'ouest de
ce goulet; à l'Est se trouve un faubourg appefé Qousabiya *7'.
Ensuite, de cette forteresse de Bizerte à Qiym (8> et à Ras Qourâs'9*
il y a quinze milles en direction de l'Est -Nord-Est; là sont deux îlots bas,
dont les rives sont rocheuses *10*; mais il y a un mouillage au sud et le
passage entre celui-ci et la côte africaine est large.
De ces îlots jusqu'au cap de Ghar el-Milh, il y a quinze milles en direction
de l'Est. Sûr cette route, se trouvent deux îlots (11* et les navires passent
entre chacun d'eux et la côte : l'un s'appelle Fanar *12), et l'autre Bou .
(3) Ras el-Mechâr, cap connu aussi sous les noms de Mechriya et de Cap Serrât.
(4) Non identifié.
(5) Ecrit «Benzout» dans le titre.
(6) C'est le lac de Bizerte.
(7) Ce faubourg correspond à l'actuel faubourg de Zarzouna.
(8) On peut hésiter entre Ras-Djebel et Raf-Raf .
(9) Ras Zebîb.
(10) Les Ties Cani ?
(11)11 s'agit de l'île Pilau et de l'île Plane.
(1 2) Cette tie correspond à l'île Pilau, qui porte un phare.
3 KITAB-I BAHRIYE DE PIRI REIS 225
Ali*13*. Ghar el-Milh (14) est à l'extrémité du cap; entre le cap de Ghar
el-Milh et ces îlots nous passâmes avec un navire de huit cents tonneaux,
(p. 649) mais on voyait toujours le fond. Vers l'intérieur, du côté Ouest, / Ghar
el Milh est un bon port; celui qui arrive là peut  jeter l'ancre des deux
côtés : ce sont des lieux aux eaux calmes.
Ensuite, de ce port au port de Tunis, il y a trente milles. Que cela
soit ainsi connu. /
(p. 650) Ce chapitre décrit la ville du nom de Tunis, au pays du Maghreb.
Tunis est une grande ville dans le pays du Maghreb. Les souverains de
cette ville descendent de 'Omar ben Khattâb. Depuis ce temps, cette
ville est une capitale. L'un de ceux qui ont été souverains s'appelait
Moulay Farîz *15>. Lorsqu'il a été sultan à Tunis, il a le premier organisé
le système des lois; après lui son fils Moulay 'Othmân t16' est monté sur
le trône : il a gouverné la Tunisie durant cinquante-six ans; il a conquis
l'ensemble des contrées des Arabes; tout lieu qu'il convoitait, il s'y
rendait en personne (et s'en emparait). Après lui, a régné à sa place un
des fils qui lui restaient, Moulay Hasan *17* : II a mis en ordre les affaires
de l'État, puis est mort. Son fils Moulay Mohammed '18' est ensuite mont
ésu r le trône : nous sommes arrivés là lorsqu'il était le souverain. Il
mourut après avoir régné trente ans. Son fils Moulay Hasan devint alors
souverain. Actuellement c'est ce Moulay Hasan qui règne sur la Tunisie.
(p.651 ) Nous estimons que la ville de Tunis compte 90 000 maisons /. Devant
elle, il y a un lac que l'on appelle Halq el-Wat (sic) *19*; pour parvenir
à Tunis en traversant ce lac, il y a juste neuf milles, tandis que par voie de
terre, en en faisant le tour il y a douze milles. Si l'on se promène au Nord
de la ville, la route passe par une région sûre et peuplée; en revanche du
côté sud, il y a une étendue désertique; pourtant les Arabes de l'intérieur
viennent par cette étendue et dépouillent ceux qu'ils y trouvent.
(13) Ce nom provient peut-être de la proximité du cap Sidi Ali el-Mekki, à peu de distance
duquel se trouve l'île Plane.
(14) Ghar el-Milh (ou Ghar el-Melah, la grotte du sel) est l'ancien nom de Porto-Farina.
(1 5) Abou Fâris a régné de 796 à 837 (1394-1434); ce fut effectivement un grand souverain.
(16) Moulay 'Othmân (839-893/1435-1488) est le petit-fils -et non le fils -du précédent;
il a mené de nombreuses expéditions.
(17) Moulay Hasan (932-950/1525-1543) est un arrière-petit-fils de 'Othmân. Celui-ci a eu
pour successeur son petit-fils Abou Zakariyyâ Yahyâ (893-894/1489-90).
(18) Le successeur de Hasan est son fils Ahmad (950-976/1543-1569). Moulay Mohammad
(Abou Abdallah Mohammad) a régné de 899 à 932/1494-1525.
Pîrî Reis a fait quelques confusions dans l'ordre de succession des souverains hafsides après
Othmân. Si, comme on le sait, il a navigué le long des côtes maghrébines pendant les expédi
tionsd e son oncle Kémal Reis, qui se situent entre 1490 et 1495, il a pu se trouver au large des
côtes de Tunisie en 1494-95, c'est-à-dire, ainsi qu'il le note, durant le règne de Moulay
Mohammad.
(19) Halq al-Wadî : La Goulette.
226 ROBERTMANTRAN 4
Chaque année le sultan de Tunis part en expédition avec ses soldats
et fait faire les semailles; il part aussi au moment de la moisson; après
quoi (lui et ses soldats) rentrent en ville et y passent l'hiver.
Des navires marchands des pays francs viennent ici; ils mouillent
dans le port qui est à neuf milles devant la ville et font du commerce. Ce
port est un golfe ouvert au Nord, mais comme les eaux y sont calmes,
c'est un lieu propre à recevoir les bateaux; les grosses barques jettent
l'ancre à une distance de la côte d'environ un grand cordage; les [ ... ](20)
ne peuvent mouiller à cette distance, mais attachant deux cordages l'un
à l'autre, ils ne s'éloignent pas (de la côte). Pour le navire qui mouille en
cet endroit, il n'y a rien à espérer de la ville de Tunis; un ennemi auda
cieux peut arriver et repartir; c'est un endroit isolé, c'est pourquoi on a
construit un fort au bord de la mer et on y a installé de nombreux
canons. Mais maintenant l'Espagnol infidèle allant s'emparer de certaines
forteresses sur la côte africaine, le sultan de Tunis a fait démolir ce fort
(p. 652) de telle façon que l'Espagnol y arrivant / n'en fasse pas un usage criminel.
Ensuite, de ce port au cap Carthage il y a cinq milles. Ces cinq milles
constituent partout un bon lieu de mouillage. Carthage est un cap gris
et bombé face au Nord. Sur le versant Ouest de ce cap, il existe une
rivière sur les bords de laquelle sont de beaux vergers, des jardins et des
kiosques élevés *21'. De ce cap à Ghar el-Milh il y a vingt-cinq milles; mais
du port de Tunis à ce Ghar el-Milh il y a trente milles; et du même port
de Tunis à l'île de Djamira (22>, quarante-cinq milles. Cette île de Djamira
est déserte et rude. Le mouillage de cette île est une petite baie
face au Sud : il y a là un puits à l'eau un peu saumâtre : on peut boire
l'eau de ce puits. A l'Est de cette île il y a un îlot bosselé (23); entre cet
îlot et Zembra, la mer est plate et les grandes caraques peuvent passer.
A quarante milles au Nord de l'île de Zembra, il y a dans la mer des
écueils qu'on appelle «Kelb» (le chien) (24). On voit quelques-uns de ces
écueils à la surface de la mer : c'est un endroit où l'on doit prendre de
très grandes précautions.
Ensuite, de ces écueils jusqu'au cap Kelibia, il y a soixante milles dans
la direction Sud-Sud-Est. Ce cap constitue l'extrémité d'une étendue de
terre de soixante milles, une grande montagne grise qui pointe vers la
mer en direction du Nord-Nord-Est *25'; cette montagne ressemble un
peu à une île; les côtes Sud-Est et Sud sont des lieux d'ancrage aux eaux
(20) ustalu :type de navire non identifié.
(21) C'est l'oued Medjerda.
(22) L'île de Zembra. Son nom arabe est Djâmoûr.
(23) L'tlot de Zembretta.
(24) Les îles Cani.
(25) La presqu'île du Cap Bon.
5 ■ KITAB-I BAHRIYE DE PIRI REIS 227
calmes. Que cela soit ainsi connu. C'est tout. ,
(p. 654) Ce chapitre décrit la forteresse de Kelibia, la forteresse de Hammamet,
les forteresses et les ports de Sousse, et de Monastir, au pays du Maghreb.
• , Kelibia est une petite forteresse située sur un tertre élevé, sur la terre
ferme, à un mille de distance de la côte, face au Sud-Est; cette forteresse
appartient au sultan de Tunis; aux alentours s'étend la campagne. La mer
•. .. qui s'étend devant est un bon lieu d'ancrage, aux eaux calmes. Les barques
mouillent à un mille en mer face à cette forteresse; mais ce lieu
est ouvert au Sud-Est et à l'Est, et les navires (à voiles) n'y stationnent
- pas; au Sud-Est de cette forteresse, il y a une baie, et cette baie est un
endroit aux eaux calmes; c'est un bon havre pour les vaisseaux à rames
et à voiles. Ensuite à l'extrémité du cap, du côté Est de la forteresse
de Kelibia, il y a des hauts-fonds : que l'on fasse attention.
De ce cap à Djouhoudlouq, il y a quarante milles vers l'Est quart
Nord-Est. Djouhoudlouq est une île, et elle porte trois noms différents :
les Arabes l'appellent Qawsar, les Turcs Djouhoudlouq, et les Francs
Pantellaria. Cette île possède un port, face au Nord; devant ce port
est une forteresse appartenant au bey d'Espagne. Dans le passé, avec
• feu Kemal Reis, nous avions conquis cette forteresse et nous avions
tout pris; mais alors que nous allions triompher totalement des troupes
(p. 655) - locales /un vent contraire se leva à la surface de la mer; aussitôt nous
- avons ramené nos canons sur le bateau avec le ... [ 2 mots ] et nous
avons quitté ce lieu; avec ce vent, nous sommes passés devant Hammamet
dans le pays du Maghreb. Hammamet est à trente-cinq milles de la forteresse
de Kelibia, déjà mentionnée, et au Sud-Ouest quart-Sud. Hamma
meetst une petite forteresse, sur un site bas et plat, au bord de la mer
et face au Sud-Est; elle est sur le continent comme un signal défini*26*.
■ ■ ■ Cette forteresse appartient au sultan de Tunis. Devant elle s'ouvrent
de larges étendues d'eaux calmes; sur un mille (depuis la côte) la profon
deurd e l'eau est de quatre brasses; ainsi, en été, les navires peuvent
stationner où ils veulent en face de la forteresse : (partout) ce sont des
lieux d'ancrage.
. Ensuite, de Hammamet à Sousse, il y a trente-cinq milles. Sur cette
route, à l'extrémité intérieure du golfe de Sousse se trouve une petite
forteresse qu'on appelle Eregli *27*, sur un site plat; cette forteresse
est dans l'intérieur des terres, à deux milles du rivage; en face d'elle,
' . dans la mer, il y a un gros rocher.
. Sousse est une grande forteresse au bord de la mer, face au Nord-Est,
(26) Kesme : on peut hésiter entre le sens de «coupé, tronqué» et celui de «défini, décisif,
déterminé».
(27) Hergla; en arabe Ahrîqliyya.
228 ROBERT MANTRAN 6
cette forteresse est une possession du souverain tunisien; devant elle
il y a un port [ ... ] (28); ce port, du côté de la mer est comparable à celui
(p. 656) de Chio : il y a des écueils et les navires qui entrent dans le port / entrent
du côté de la porte de la forteresse et venant vers le Nord, stationnent là.
Mais les grands navires n'entrent pas, car il y a des hauts-fonds à l'extré
mité; les galères entrent; les bâtiments de commerce des marchands
francs stationnent en mer, à l'extérieur de ce port, devant la forteresse;
il y a là d'excellents mouillages aux eaux calmes.
De la forteresse de Sousse à Monastir il y a douze milles. Monastir est
une petite forteresse au bord de la mer; devant cette forteresse, il y a un
cap; ce cap ressemble un peu à une île; du côté Sud, se trouve une petite
île (29*; l'étendue d'eau entre ce cap et la forteresse constitue un bon
mouillage pour les petits navires. Au Nord de la forteresse et à quelque
distance de la mer il y a un long rocher. Au sujet de ce rocher on raconte
que dans la forteresse de Monastir vivait un saint personnage nommé Sidi
Bou Ali; au temps de ce saint, une nuit, une galère infidèle vint dans les
parages de Monastir pour faire un butin; le saint fit alors une prière pour
que cette galère fût transformée en un rocher : on dit que le rocher susdit
est la galère. Les Arabes du lieu prétendent que chaque fois que le vent
souffle fortement, on entend sur ce rocher le bruit du sifflet (du chef
des rameurs).
Ensuite à l'Est-Sud-Est de la forteresse de Monastir, il y. a deux îlots
(p. 657) bas, face au Nord, appelés Kouriates /. Entre ces îles et la rive continent
alile y a des hauts-fonds, les grands navires ne passent pas. Les parages
de ces îles sont tous constitués par des hauts-fonds; c'est un bon mouil
lagep our les vaisseaux à rames; (l'espace) entre les deux îles constituent
un port. Que cela soit ainsi connu. C'est tout.
(p. 658) Ce chapitre décrit les forteresses de Mahdiya (30) et de Sfax (31), et l'île
de Kerkenna, au pays du Maghreb.
Actuellement, les Arabes donnent à cette forteresse le nom de Mahdiya;
autrefois ils lui donnaient le nom d'Afriqiya, et les Francs lui donnent,
à partir d'Afriqiya, le nom de Galat Afriqa. C'est une forteresse établie
sur un cap bas ressemblant à une île; tout autour de cette citadelle,
c'est la mer; une partie de ce lieu est un passage au sec vers la terre
basse et plate; face à ce passage il y a sept portes; les vantaux de chaque
porte sont faits de fer et de bronze. Les infidèles qui sont devenus
(28) Kâfirî : infidèle. Je ne vois pas le sens de ce mot ici, sinon celui de «port pour les
Infidèles».
(29) L'île de Sidi el- Ghadamsî.
(30) Ecrit «Mahtiya» dans le titre.
(31) Ecrit «Isfaqz».
7 KITAB-I BAHRIYE DE PIRI REIS , 229
musulmans ne mettent pas le pied à l'intérieur de la forteresse; si on les
trouve à l'intérieur, on leur enlève toute possibilité d'agir, on les tue
parce que,dans le temps, on avait trouvé quelqu'un qui avait été la cause
d'une autre ruine de la forteresse : c'était un renégat qui, d'infidèle, était
devenu musulman. •
Cette forteresse est actuellement en la possession du sultan de Tunis.
A l'intérieur il y a un petit port, comparable à Kadirga limani (Port des
galères) à Istanbul. Au-dessus de la porte il y a une arcade; sur cette
arcade sont suspendus une ancre de barque et un mât de marbre. Si un
navire ennemi tente d'entrer dans ce port, on lance sur ce navire ennemi
cette ancre et ce marbre pour le détruire. C'est pourquoi cette ancre et
ce mât demeurent suspendus ensemble au-dessus de la porte. /
(p. 659) Ensuite, de cette forteresse à Kerkenna il y a trente milles, vers le
Sud-Est. Kerkenna est une île basse. Elle est si basse qu'à une distance de
dix milles en mer on ne la voit pas; mais on voit ses palmiers-dattiers, car
elle en est abondamment couverte. Les Arabes tirent de ces dattes la plus
grande partie de leurs moyens de vivre.
Les parages de cette île sont des fonds si faibles qu'à cinq ou six milles
au large, les navires mouillent sur deux brasses de fond, et ne prennent
pas de précautions. S'il survient quelque tempête, les navires sont là
comme dans un port et stationnent tranquillement. Si les vagues se
lèvent au large, elles ne parviennent pas jusque-là.
De ce lieu où stationnent les navires il y a en particulier un endroit de
l'île qui est invisible : ce sont des hauts-fonds parmi les dattiers. Les ba
teaux de voyageurs stationnent ainsi : du fait qu'il n'y a pas de pilote
indigène, on approche de cette île en caïque. Les endroits aux faibles
fonds et aux eaux calmes abondent. Entre cette île et la côte africaine,
les navires de charge ne passent pas : il y a trop peu de fond. Mais quand
elle réussit à trouver sa route, la galère passe; de même passe le navire
su sôker (qui fend l'eau), mais il lui faut se présenter juste au milieu du
passage. Les petits navires à voile ne suivent pas ce passage central; il
faut se garder des vaisseaux infidèles et les petits navires ne passent pas
par cet endroit où il faut prendre aarde; ils craiqnent les vaisseaux inf
idèles, mais les petits navires arabes... (32)/.
(p. 660) En face, sur la côte africaine, il y a un cap; à l'extrémité de ce cap se
dresse une tour : on l'appelle Kabdiya <33). De ce cap Kabdiya à Sfax
on va par des hauts-fonds au milieu de réserves de pêche s'étendant
presque jusqu'à la côte. Du côté du large, ce sont des hauts-fonds;
si un navire infidèle arrive, il ne réussit pas à trouver cette route; au
(32) La phrase est inachevée.
(33) C'est Ras Kapoudia, appelé aussi Ras Khadidja.
230 ROBERT MANTRAN . 8
cas où il y parvient, on prend des précautions en fuyant en mer et en
prenant la terre comme repère. Pour cette raison, les bateaux arabes vont
directement à Sfax au travers de ces hauts-fonds.
Au Sud-Ouest de ce Kabdiya, il y a une ville appelée Mansoura ^;
les Arabes de Kerkenna vont à l'île de Kerkenna à partir de cette ville
ou y arrivent : c'est l'échelle.
A un mille au Sud-Ouest de cette ville il y a une forteresse appelée
Sfax; cette forteresse appartient au sultan de Tunis. Devant elle, se
trouvent des hauts-fonds; les navires hivernent sur ces hauts-fonds. De
la forteresse de Sfax à l'île de Kerkenna il y a quinze milles, constitués
tous par des hauts-fonds; les navires y mouillent. Dans le passé, avec
feu Kemal Reis nous avons hiverné sur ces hauts-fonds; là, la mer reflue,
puis revient en six heures. Ces fonds sont à ce point poissonneux que
(p. 661 ) dans les trois mois de l'année où le temps est favorable / on ne peut mar
cher dans Sfax sans l'odeur du poisson.
Ensuite, les rives du golfe depuis Sfax jusqu'à Gabès ont toutes des
hauts-fonds aux eaux calmes et il y a des villes proches du rivage de la
mer. L'une de ces villes s'appelle Ramla *35*, la deuxième Mahris '36''
et la troisième Younqa *37'; celle-ci est maintenant en ruines. En face
de Younqa il y a de petits îlots qu'on appelle Elkanayis *38' : ils se
trouvent dans le golfe de Gabès. A l'extrémité de ce golfe il y a une
grande rivière (39> : sur ces deux rives sont des villages arabes qu'on
appelle Gabès. Au-delà de l'embouchure de cette rivière, en allant vers
Djerba, il y a une lagune qu'on appelle Amroud : c'est un endroit très
poissonneux. Que cela soit connu. C'est tout.
(p. 663) Ce chapitre décrit Hie de Djerba, au pays du Maghreb.
Djerba est une île basse. Quand on arrive de la mer à cette île, on voit
d'abord les palmiers dattiers, car c'est un lieu où les dattiers sont en
abondance. Son tour est de soixante douze milles. C'est une île si pros
père qu'il n'y a pas d'endroits sans verger ni jardin. L'huile d'olive et le
raisin sec sont produits en grande quantité. Sur cette île sont rassemblés
douze mille soldats.
Dans l'intention de s'emparer de cette île, les Espagnols infidèles ont
envoyé une fois, deux fois, des bateaux et des soldats; mais à chaque
fois, en accourant, on a brisé (l'attaque de) l'infidèle et on l'a fait fuir.
(34) II s'agit probablement de Sidi Mansour, à quelques kilomètres au nord de Sfax.
(35) Non identifié exactement, mais il existe un Ras el-Ramla près de Thyna.
(36) Maharès.
(37) Younqa ou Yonga; l'antique lunca.
(38) Exactement les ties Kneïss, appelées îles Frissoles par les Européens.
(39) L'oued Gabès.
9 KITAB4 BAHRIYE DE PIRI REiS 231
Une fois cependant, l'île a été soumise à l'infidèle, mais les habitants
n'ont pas supporté son oppression et ils ont chassé cet infidèle; aupa
ravant cette île était possession du sultan de Tunis. Par la suite, les
habitants se révoltèrent et ils furent soumis à l'infidèle. Ensuite un
cheykh appelé Cheykh Yahyâ chassa l'infidèle et gouverna l'île. Le fils de
ce cheykh la gouverne encore.
La révolte de l'île contre le sultan de Tunis fut la raison pour laquelle
lorsque Moulay Mohammed monta sur le trône, il exerça contre elle une
forte tyrannie; il prenait par la force l'or de la population et le distribuait
(p. 664) à ses femmes; ainsi nuit et jour / il ignoraittoute mansuétude, il dilapidait
ses biens et s'adonnait à la boisson. C'est pourquoi la population de
Djerba, ne le supportant pas, se révolta.
Après lui, au temps de Moulay 'Othmân, celui-ci fit construire un pont
de neuf milles de long, depuis le continent africain jusqu'à l'île de Djer
ba, en versant des monceaux de pierres sur les hauts-fonds; ces tas de
pierres sont encore en place, mais le cheykh Yahyâ a fait creuser une
partie de ce pont, et a créé un passage pour les barques, et pour le passage
de l'armée de la terre ferme à l'île. C'est parce qu'il existait là, dans ces
neuf milles des hauts fonds et des rochers qu'il a été possible de cons
truire ce pont. (Ailleurs) la distance entre l'île et la côte est de deux mil
les, mais la profondeur est grande et il n'était pas possible d'y construire
un pont.
Autrefois dans cette île il y avait deux cheykhs : l'un était le cheikh
Yahyâ, et l'autre le cheykh Kânoun; le cheykh Yahyâ chassa le cheykh
Kânoun de l'île. Il y avait deux tribus : on appelait Wahabî la tribu du
cheykh Yahyâ, et Mastaf celle du cheykh Kânoun; on dit qu'elles sui-
(p. 665) vent les sectes zeydites <40). / Mais la tribu du cheykh Yahyâ, obéis
sant à l'imam, ne s'acquitte pas des prières ni des (autres) obligations
religieuses; elle ne s'acquitte pas de la prière du vendredi; en buvant de
l'eau ils n'approchent pas le verre de leur bouche; s'ils l'approchent, ils
[ disent ] ce verre ifela» (sans eau). Au-dessus de la porte de leur maison
il y a une croix infidèle; je leur ai demandé la raison de cette croix inf
idèle au-dessus de leur porte; ils ont répondu que cette croix fait fuir
le diable. Leur langue est différente : les Arabes ne comprennent pas
cette langue qui ressemble à celle des Tziganes.
Tous les parages de cette île sont des hauts-fonds; les navires qui ne
savent pas (le moyen d') approcher du rivage n'y parviennent pas. C'est
pourquoi, quand il s'agit d'un (navire) infidèle, on ne prend pas de
précautions.
En un jour et une nuit, les hauts fonds disparaissent et réapparaissent
(40) C'tst-à-dirt qu'elles ont edoptéle schisme kharidjite.
232 ROBERT MANTRAN 10
quatre fois; pendant six heures l'eau s'en va, la terre est à nu, les navires
sont au sec; en six heures l'eau revient et les navires peuvent naviguer à la
surface de l'eau. On a assemblé des roseaux parmi ces hauts-fonds et on a
créé des pêcheries; c'est un endroit poissonneux, sans analogue.
Quand on arrive de la mer, le repère de cette île de Djerba est celui-ci,
à savoir que l'on voit une très grande quantité de palmiers-dattiers. Lors
que les deux côtés de ces dattiers sont visibles, on est fixé (?); on ne voit
rien d'autre. Dès qu'on a vu ce repère, si on jette la sonde, on trouve
(p. 666) vingt brasses d'eau /. Après quoi, de proche en proche, en mesurant à la
sonde, les bateaux arrivent jusqu'à cinq milles en face de la forteresse;
on jette l'ancre en mer et on mouille là, car c'est un bon mouillage.
Si on arrive (trop) près du rivage, l'eau manque et le navire s'échoue.
Au début de la lune, à partir de trois jours l'eau se retire et ne vient
pas avant trois jours; au bout de neuf jours le flot augmente, mais il y a
peu de flux et de reflux; de neuf à quatorze jours accomplis, le flot
croît jusqu'à son point d'augmentation maximum et le flux et le reflux
sont les plus importants; c'est-à-dire que c'est en dix-neuf jours que les
eaux atteignent leur maximum, après quoi, petit à petit les eaux com
mencent à décroître. Mais quelle que soit la force du flot, que son volu
me soit grand ou faible, pendant six heures l'eau s'en va, pendant six
heures elle revient; elle ne demeure pas immobile sur les hauts-fonds.
Au Sud-Ouest de cette île de Djerba il y a un port que l'on appelle
Djim '41* : c'est un bon mouillage; mais il faut un pilote qui suive la
route très convenablement, car il y a des hauts-fonds : il faut bien savoir
le chemin pour éviter parfaitement les hauts-fonds. En face de ce port,
il y a une petite île du nom de Taghlisiya. Lorsque l'on voit cette île, il
faut avancer de deux milles en mer vers le Sud-Ouest et il faut aller
(p. 667) continuellement à la sonde. / En faisant de loin le tour de l'île, on
arrive près de la côte africaine; après, il y a une fosse connue; de ce lieu
profond on avancera en direction de l'Est pendant un demi-mille jus
qu'à la côte africaine : l'entrée du port est là; après quoi, ceux qui le
veulent peuvent avancer vers ce lieu et jeter l'ancre.
Dans le passé, le sultan de Tunis Moulay Mohammedi avait voulu
séjourner à Djerba, de place en place; selon son désir il n'y avait pas
levé d'impôts et pour cela les avait annulés. En ce lieu pour passer de la
côte africaine à la petite île, il faut un navire; de cette petite île à Djerba,
l'homme peut aller à pied et passer par ce passage en direction de l'Est,
que l'on appelle Qantara. Il y a un pont, qui est fait de pierres entassées.
Dans ces pierres on a creusé un passage et maintenant les petits caïques
passent de l'autre côté par ce lieu creusé. A l'Est il y a de nombreux
(41) bxactement : Adjim.
11 KITAB-I BAHRIYE DE PIRI REIS 233
points de mouillage pour les caïques parmi les hauts-fonds, mais il faut
un pilote pour parvenir au mouillage. Un signe que l'on arrive là est
que dans le voisinage d'Adjim on voit deux mosquées; en dehors de
ces mosquées, du côté Sud-Sud-Ouest il n'y a pas d'autre mosquée,
(p. 668) Dès que l'on voit les deux mosquées, / que l'on avance vers le Sud ou
vers le Nord, en arrivant exactement vers ces mosquées, au moment
où l'on voit les deux mosquées n'en faire qu'une (?), on est exactement
dans le passage.
De là au cap de Qantara, en allant tout droit, on arrivera sur les
hauts-fonds. Les endroits profonds de ce passage sont bien connus;
ceux qui arrivent dans les parages de Qantara peuvent mouiller, c'est
un bon mouillage; et même ce sont les lieux où peuvent arriver des na
vires à rames et à voiles.
Ensuite, de l'île de Djerba à Ras Mahmoun t42), il y a quatre-vingts
milles (43', en direction du Sud-Est. Ce Ras Mahmoun est un lieu de
hauts-fonds. En quelque endroit de ces hauts-fonds que l'on parvienne,
on peut mouiller; les navires arrivent à la sonde et jettent l'ancre et
peuvent reprendre leur route suivant l'opportunité. Parmi ces hautsfonds,
au bord (de la mer) il y a une lagune, et les caïques peuvent y
pénétrer. De la mer, on a un repère de ces hauts-fonds de Ras Mahmoun :
on voit une zawiya. L'endroit à partir duquel on voit cette zawiya a une
profondeur de vingt brasses. Qu'il soit donc su que le Ras Mahmoun est
un lieu de hauts fonds.
Ensuite, de ces fonds à l'ancienne Tripoli il y a soixante milles en
direction de l'Est-Sud-Est. Cette ancienne Tripoli, les Arabes l'appellent
Ziwagha l44' : c'est un port de faible profondeur; autour sont des écueils;
à l'Ouest, sur la terre, il y a des villages arabes couverts de palmiers, les
Arabes leur donnent le nom de Ziwara (45) .
(p. 669) Ensuite, de cette ancienne Tripoli jusqu'à l'actuelle Tripoli, il y a
cinquante milles vers l'Est. Que cela soit ainsi connu. Voilà tout.
(42) Appelé aussi Ras Marmor.
(43) Erreur de copie pour : huit milles.
(44) II s'agit de la ville de Zawiya, en Tripolitaine.
(45) C'est la ville plus communément appelée Zouara.

 

.........................................................................................
234 ROBERT MANTRAN 12
Résumé
Le «Kitâb-i Bahriye» ou livre de la navigation, rédigé par l'amiral turc
PIrt Reis dans le premier quart du XVI* siècle, constitue un ensemble d'instruc
tionnsau tiques destinées à faciliter l'approche des côtes méditerranéennes aux
corsaires et marins ottomans.
De ce livre ont été extraites ces pages qui donnent la description des côtes de
la Tunisie, c'est-à-dire depuis la frontière algérienne jusqu'à la frontière l
ibyene, des ports, mouillages, ties, écueils, hauts fonds que le navigateur ren
contre sur sa route, les distances séparant les points remarquables, la meilleure
façon d'aborder ports et mouillages ou d'éviter les obstacles.
Ptrt Reis fait aussi quelques incursions dans le domaine historique, mais
son information y est beaucoup moins sûre que son information maritime. Il
est certain que, en ce qui concerne les côtes tunisiennes (comme celles de
l'Algérie, de la Libye et, généralement, de la Méditerranée), sa description est -
fondée en grande partie sur ses observations personnelles, car il a lui-même
navigué en Méditerranée occidentale à la fin du XV* siècle et dans les toutes
première années du XVI* siècle.

13 KITAB-I BAHRIYE DE PIRI REIS 235
( Robert MANTRAN ) olr

Ajouter un commentaire