HISTOIRE DU PAYS DES KHOUMIR

HISTOIRE DU PAYS DES KHOUMIR

Jugurtha, en 118, ayant fait assassiner Hiempsal pour s'empa-

rer de ses biens, Adherbal, se sentant menacé, vint implorer

l'assistance du Sénat romain, qui ne répondit pas complètement

aux désirs du roi numide.

 

Jugurtha l'assiégea dans Cirta, parvint à s'en emparer et le fit

mettre à mort. — Jugurtha devint seul roi en Numidie.

 

Quand cette nouvelle parvint à Rome, le Sénat fut contraint

par le peuple d'adopter contre Jugurtha des moyens énergiques.

Le consul Spurius Poslhumius Albinus commence la guerre, puis

en laisse le soin à son frère Aulus. Jugurtha l'attire dans une em-

buscade au milieu des bois (dans la province de Constantine) et

le force à capituler aux conditions les plus honteuses ; l'armée

romaine est obligée de passer sous le joug et d'évacuer en dix

jours la Numidie.

 

Rome ne veut et ne peut reconnaître une pareille condition et

elle charge le nouveau consul Quintus Gaecilius Metellus d'aller

prendre les affaires en mains en Afrique; il avait pour premier

lieutenant le fameux Caïus Marins. Metellus était un homme

habile et courageux ; il fît à Rome et chez les alliés de grands

approvisionnements et de fortes levées ; puis il s'embarqua pour

l'Afrique.

 

 

 

(I; Nebeui- portait, sous la domination de Rome, le nom da Castellura.

 

 

 

36 HISTOIRE DU PAYS DES KttOUMIR

 

Au printemps de l'an 109 avant Jésus-Christ, il prit le comman-

dement des troupes romaines destinées à combattre Jugurtha. Il

employa les premiers mois de son séjour à rétablir la discipline

dans les rangs de l'armée et à laisser le soldat s'endurcir aux

travaux et aux fatigues de guerre par des exercices de tout genre.

11 décampait chaque jour, faisait de longues marches, puis s'ar-

rêtait pour élever de forts retranchements qu'il abandonnait bien-

tôt. En peu de temps, son armée était aguerrie, vigilante et pleine

de vigueur: alors seulement commença la guerre. Jugurtha fit

des propositions de paix pour tromper- son futur adversaire, mais

Métellus rejeta les prières du roi numide.

 

D'abord le général romain ne rencontra point l'ennemi.

 

<( Les maisons, dit Salluste, comme s'il n'eut pas été question

de guerre, étaient habitées, et les campagnes couvertes de bes-

tiaux et de laboureurs ; les officiers du roi numide venaient des

villes et des hameaux au devant de l'armée romaine et offraient

de fournir du blé, de porter les provisions, de faire enfin tout

ce qui leur serait ordonné. )) Métellus pénétra dans les états de

Jugurtha du côté de la Tusca(l) et, malgré les apparences de paix,

il marchait en ordre de bataille et avec les plus grandes précau-

tions ; il se tenait à la tête des troupes et Marins formait l'arrière-

garde avec la cavalerie, car le pays était très accidenté. L'armée

romaine s'avança ainsi, sans être inquiétée, jusqu'à la ville de

Vacca (Béja), où le consul laissa garnison, car cette place offrait

de grands avantages pour les opérations de Métellus.

 

La ville de Vacca était fort riche et avait le marché le plus fré-

quenté et le plus renommé ; les marchands italiens y trafiquaient

beaucoup. Bekri, historien arabe, et Scharr-Franck parlent de

la fertilité du sol des environs de Vacca. Bekri nous dit : «Lors-

que le blé était rare dans le sud, l'on pouvait en acheter une

charge de chameau pour un réal à Béja; la fertilité du sol est

toujours si grande que les récoltes suffisent môme dans les plus

mauvaises années. »

 

 

 

(1) L'Oued ïessala ou Tabaroa n'est donc pas le fleuve Tusca ainsi que le suppose M. Rei-

nach dans son deuxième volume de Tissot. Mais la Tusca est bien l'Oued Zùne, qui jette ses

eaux dans la Méditerianée avec celles du fleuve Chulcul (l'oued^bou Zenna'— Métellus venait

sans doute de Tliisidium, ville romaine que nous plaçons près de Mateur — ( au henchir d'Ain

Mutoniu pctil-èlrc).

 

 

 

HISTOIRE DU PAYS DES KHOUMIR

 

 

 

De Vacca, Métellus s'avança sur les rives de THamise, que

Sallusle appelle le Muthul. Les cavaliers numides observèrent la

marche des Romains, et Jugurtha alla occuper une forte position

sur la route que l'ennemi devait parcourir.

 

 

 

Bataille du Muthul.

 

A vingt milles du fleuve Muthul, qui prenait sa source dans la

direction sud, s'élevait, parallèlement à son cours, une montagne

stérile et inculte, vers le milieu de laquelle venait aboutir une lon-

gue colline couverte de myrtes et d'oliviers sauvages. Il n'y avait

entre la colline et la montagne qu'une plaine, ou plutôt une gorge

étroite entièrement privée d'eau. Ce fut sur cette colline que se

posta Jugurtha, Il détacha d'abord Bomilcar avec une partie de

son infanterie et ses éléphants, et lui ordonna de continuer sa

marche en suivant le défilé. Ce détachement devait attaquer les

Romains en tête, au moment où Jugurtha se jetterait tout à la

fois, avec les troupes qui lui restaient, sur leur arrière-garde et

sur leurs flancs. Dans ce but, le roi numide prit position sur le

penchant de la colline, non loin de l'étroite plaine où devait pas-

ser Métellus. Celui-ci, en efïet, parut bientôt au sommet de la

montagne. En descendant vers la plaine, il examina la colline qui

était placée devant lui et ne tarda pas à reconnaître l'ennemi. Ce-

pendant, à cause des bruyères qui cachaient en partie les hommes

et les chevaux, il ne put ni connaître les forces , ni se rendre

compte des projets de Jugurtha. Pour ne point s'avancer témé-

rairement, il fit faire halte à ses troupes , puis il changea ses

dispositions. Il plaça trois corps de réserve à sa droite, qui était

proche de l'ennemi; entre les bataillons il jeta les frondeurs et les

archers et mit toute sa cavalerie sur les ailes. Après avoir pris

toutes ses mesures et rangé son armée en bataille, il descendit

dans la plaine. Les Numides ne firent aucun mouvement. Mé-

tellus, que cette inaction rendait de plus en plus défiant et qui

craignait d'être arrêté trop longtemps dans un pays sans eau,

voulut, sans plus tarder, se diriger vers le Muthul. A cet efïet, il

détacha Rutilius, un de ses lieutenants, avec les cohortes armées

à la légère et une partie de la cavalerie, pour s'assurer, non loin

 

 

 

38 HISTOIRE DU PAYS DES KHOUMIR

 

du fleuve, d'une forte position. Rutilius se mit donc en marche

et prit l'avance. Quant au consul, il s'avança au petit pas, en

colonne serrée. Son arrière-garde avait à peine dépassé les Numi-

des que ceux-ci, par une rapide conversion, se jetèrent sur elle à

l'improviste, puis, la débordant des deux côtés, ils attaquèrent les

Romains tout à la fois sur les derrières et sur les flancs. Jugurtha

avait eu soin d'abord défaire occuper par 2000 fantassins (1) la

partie de la montagne d'où le consul était descendu en plaine.

L'apparition subite des Numides jeta la confusion dans l'armée

romaine. Au premier choc, les rangs furent rompus, mais Métel-

lus parvint peu à peu à rallier ses soldats. La mêlée dura jusqu'à

la nuit. A la fin, les Romains voyant qu'ils ne pouvaient battre en

retraite, qu'ils perdaient une partie de leurs avantages dans cette

action où la tactique était inutile, s'apercevant d'ailleurs que le

jour était à son déclin, gagnèrent, sur les ordres de Métellus, le

sommet de la colline. Les Numides, ne pouvant songer à les for-

cer dans cette position, prirent la fuite.

 

Bomilcar ne fut pas plus heureux que Jugurtha. Il laissa d'a-

bord passer Rutilius ; puis, quand il sut que le lieutenant du con-

sul avait assis son camp et se tenait au repos, il disposa ses fan-

tassins et ses éléphants, et s'apprêta à l'attaquer. Rutilius fut

averti de l'approche de l'ennemi par les tourbillons de poussière

que soulevait, en marchant sur le sol aride, la troupe de Bomil-

car. Il se hâta de sortir de ses retranchements et de se mettre en

bataille.

 

On se chargea bientôt de part et d'autre avec un grand achar-

nement. Les Numides tinrent bon jusqu'au moment où les Ro-

mains eurent pris quatre éléphants et tué tous les autres, au

nombre de quarante. Ils se sauvèrent ensuite et n'échappèrent à

la mort qu'à la faveur de la nuit. Rutilius , après sa victoire,

abandonna son camp et rejoignit le gros de l'armée sur la colline

où Métellus avait pris position. Le consul demeura quatre jours

dans ses retranchements sans faire aucun mouvement. Quant à

Jugurtha, dit Salluste, il s'était retiré dans des lieux couverts de

bois et fortifiés par la nature ; il fît des propositions de paix que

Métellus refusa.

 

 

 

(1) Massinissa avait adopté la manueuvre de l'infanterie exercée à la romaine.

 

 

 

HISTOIRE DU PAYS DES KHOUMIR 39

 

Métellus reçut ensuite la soumission de plusieurs places, entre

autres de Sicca, et sans doute aussi de Nébeur et de Bulla.

 

Certains géographes appellent Muthul ou Hamise le fleuve Ba-

gradas, dans sa partie comprise en amont de Bulla. S'il en était

ainsi, la bataille du Muthul se serait livrée aux environs du Ghar-

dimaou moderne, mais cela n'est pas probable.

 

Marcus, en effet, n'est pas de cet avis ; il détermine les lieux où

s'accomplirent ces événements, ainsi qu'il suit : (( La chaîne de

montagnes qui courait dans la même direction que le Muthul est

figurée, dans le quatrième segment de la Table de Peutingev, sur

la rive droite de l'Hamise ; elle s'étend sur cette carte de la

source de cette rivière jusqu'auprès de son embouchure et forme

la partie nord-est du dos montueux que Ptolémée nomme Buzara.

La colline transversale dont Salluste fait mention paraît être

identique avec la hauteur située près de l'ancienne Zama, où An-

nibal fut vaincu par Scipion. Cette place était située dans le voi-

sinage de Naragarra, au midi de la route qui menait dudit en-

droit à Sicca Veneria (Kef). Les itinéraires marquent trente milles

romains (dix lieues) d'intervalle entre ces deux places ; Sicca était

voisine du point de jonction de l'Hamise avec la Medjerda. (On

dirait mieux que Bulla était voisine du point de jonction de ces

deux cours d'eau.) Il n'est donc pas surprenant que Sicca soit la

première ville de la Numidie qui ait pris volontairement parti pour

les Romains, immédiatement après la victoire sur Jugurtha. La

bataille du Muthul a eu lieu quelques jours après l'entrée de

Métellus dans la Numidie ; elle fut donc livrée à quelques lieues

de distance vers le couchant de l'embouchure de l'Hamise,' qui

est éloignée de Vacca d'environ dix-huit lieues en ligne droite. »

 

D'après Marcus, l'Hamise (Muthul, qui signifie en langue phé-

nicienne (( rivière de la mort » ) serait l'oued Krallel de nos jours

ou peut-être l'oued Tessa (l).

 

 

 

(1 ) Dans ce cas, la bataille se serait livrée entre le Djebel Massouge et l'Oued Tessa qui

reçoit à droite l'Oued Hamise, un peu au nord-est de Zanfsour (Assuras). La colline transversale

dont parle Salluste serait celle qui se détache au nord-ouest du Djebel Massouge et qui vient

mourir sur la rive droite du Tessa. De l'embouchure de l'Oued Hamise il y a effectivement

18 lieues en ligne droite jusqu'à Béja-viUe.

 

Cependant d'après Ptolémée et de l'avis de M. Tissot, le Muthul, qui a porté longtemps

le nom de Hamise sur nos cartes, seiait l'Oued Mellag, qui descend du plateau de Tebessa

et qui passe à 8 kilomètres à l'ouest de la moderne ville de Kef.

 

S'il faut se rapporter aux tables ptoléméennes, l'emplacement de la bataille livrée par les

 

 

 

40 HISTOIRE DU PAYS DES KHOUMIR

 

Métellus prit ses quartiers d'hiver à Tisidium (1) situé à une

grande journée de marche de Vacca.

 

Jugurtha fit de nouveau des propositions de paix, mais le con-

sul convoqua le roi numide à Tisidium.

 

Jugurtha ne répondit pas à Métellus ; il aperçut un piège et

résolut, quoique privé de la moitié de ses forces, de recommencer

la guerre.

 

Ce fut vers ce temps que le Sénat romain, après avoir eu mis

en délibération le partage des provinces, décréta que Métellus

serait maintenu dans le commandement de Farmée d'Afrique.

 

A cette époque, une chose pouvait favoriser Jugurtha, c'était la

désunion qui régnait entre Métellus et ses principaux officiers.

Marins, fatigué de servir en second dans l'armée romaine, aspirait

alors au premier rang ; il déclara un jour au consul qu'il était dé-

cidé à quitter l'Afrique pour briguer le consulat. Celui-ci, orgueil-

leux comme tous les patriciens, se moqua des projets de son lieu'

tenant plébéien, sans naissance, sans richesses et sans crédit.

Marins, qui était un homme très dur, ne pardonna point à Mé-

tellus ses dédains et ses paroles pleines d'ironie ; aussi, il fomenta

le mécontentement parmi les troupes et fit si bien que bientôt

officiers et soldats écrivirent à Rome pour se plaindre de Métellus

et demander son rappel. Dans toutes les lettres, Marins était loué

sans mesure et représenté comme le seul homme capable de mener

à bonne fin la guerre d'Afrique.

 

 

 

Jugurtha recommence la guerre. — Révolte de Vacca.

(L'an 108 av. J.-Ch.)

 

Ce fut sur ces entrefaites que Jugurtha reprit les hostilités.

Laissons parler Salluste :

 

(( Jugurtha ne songeait pas à se rendre ; il recommence la guerre

avec autant de soin que d'activité ; il lève des troupes; il emploie.

 

 

 

armées romaine et numide serait à indiquer au Djebel Mejemba, d'où il y a aussi i8 lieues en

ligne droite jusqu'à Béja-ville. Dans ce cas. Métellus aurait franchi la Medjerda actuelle

(Bagradas; pour remonter les rives de l'Oued Mellag, et la bataille se serait livrée à quelques

kilomètres à l'ouest du Kef et non dans la plaine du Sers.

 

(1) La ville de Tisidium était située non loin de Vacca, aux confins du territoire romain et du

royaume de Numidie. C'est peut-ôtre Aïn Malouia, à 30 ou 35 kilomètres de Béja.

 

 

 

HISTOIRE DU PAYS DES KHOUMIR 41

 

pour ramener à lui les villes qui l'avaient abandonné, soit la peur,

soit l'espoir des espérances ; il fortifie ses places (1) il achète et

fait fabriquer des armes, des traits, et cherche à attirer à lui les

esclaves romains, à séduire par son or jusqu'aux soldats des gar-

nisons romaines ; en un mot, pas de moyens qu'il ne tente, pas

d'intrigues qu'il ne mette en jeu. Ces manœuvres réussirent au-

près des habitants de Vacca (Béja), où Métellus avait mis garni-

son. Les principales villes forment un complot en faveur du roi

des Numides, car son peuple est mobile, séditieux, avide de nou-

veauté, aspirant à une révolution et détestant le repos et l'inac-

tion. Leurs mesures concertées entre eux, ils fixèrent l'exécution

de la garnison de Vacca à trois jours de là ; c'était une lète so-

lennelle, célébrée par l'Afrique entière, où tout éveillait l'idée des

jeux et du plaisir et nullement celle de la crainte. Au jour con-

venu, centurions, tribuns militaires, le commandant même de la

place de Vacca, T. Turpilius Silanus, sont invités chacun chez un

des principaux habitants, et tous, excepté Turpilius Silanus, l'ami

de Métellus même, sont massacrés au milieu du festin. Les con-

jurés tombent ensuite sur nos soldats qui, profitant de la fête et

de l'absence des officiers, courent la ville sans armes ; la popula-

tion les imite. Les uns étaient initiés au complot par la noblesse,

les autres poussés par leur goût pour ces sortes d'exécution,

ignorant ce qui s'est fait, ce qui se prépare, assez flattés de pren-

dre part au désordre et à une révolution. Dans cette alarme im-

prévue, les soldats romains déconcertés, ne sachant quel parti

prendre, veulent promptement gagner la citadelle, où sont leurs

enseignes et leurs boucliers; mais une garde ennemie, la précau-

tion que l'on a eue de fermer les portes, empêchent leur retraite

et, pour comble de malheur, les femmes et les enfants, du haut des

toits, les accablent de pierres et de tous les projectiles qui se

trouvaient sous leurs mains, double péril qu'ils ne pouvaient évi-

ter ; les plus vaillants sont sans défense contre le sexe faible ;

braves et lâches, forts et faibles, tous sont massacrés sans pou-

voir se venger. Au milieu de cet atïreux carnage, malgré l'achar-

nement des Numides, quoique les portes de la ville fussent

 

 

 

(5) Peut-être aussi Nébeur (Castellum). Si la ville de Nébeur n'était pas la ville royale de

Jugurtha, elle était certEiinement un de ses grands centres de résistance.

 

 

 

42 HISTOIRE DU PA\S DES KHOUMIR

 

fermées, le gouverneur fut le seul Italien qui échappa sain et sauf.

Fut-ce compassion de la part de son hôte, connivence avec l'en-

nemi ou effet du hasard, on l'ignore, mais l'homme qui dans un

pareil désastre, préféra une vie honteuse à une réputation sans

tache, doit être tenu pour un misérable sans honneur. ))

 

L'histoire nous dit que Turpilius Silanus, plus tard condamné

à mort, parvint à rejoindre Métellus à Tisidium.

 

A la nouvelle de ce massacre, le consul partit en toute hâte

avec une légion et un détachement de cavalerie. Il se jeta sur

Vacca, qui ne s'attendait pas à une attaque aussi prompte ; tous

les habitants, sans exception, furent égorgés et leurs biens livrés

au pillage. Métellus s'était vengé, mais il n'avait point soumis

Jugurtha, qui se retira à Thala (1), situé au sud de Sicca Vénéria,

la moderne Kef.

 

Quelque temps après la prise de Thala par l'armée romaine,

Métellus, qui la commandait, fut rappelé à Rome et le comman-

dement en fut donné à Marins. Marius, pour avoir également un

nom, se dirigea bientôt surGafsa, qu'il saccagea (2).

 

Pendant qu'il guerroyait dan^ le sud, le roi des Numides fit de

grands préparatifs et rassembla de nouveau des troupes pour

combattre Marins. Quelque temps après, cette lutte cessa, car

Jugurtha fut livré à Marins par trahison ; le général romain

l'emmena à Rome où le roi fameux des Numides fut jeté dans la

prison du mont Capitolin. (( Par Dieu, s'écria-t-il en riant, que

vos étuves sont froides. » Il y lutta six jours contre la faim avant

de mourir. — Cette guerre finit en Tan 106 av. J.-Ch. La pro-

vince romaine fut augmentée en 104 de la ville de Sicca Veneria,

renommée par ses mœurs corrompues, (3) de Vacca et du terri-

 

 

 

(1) La ville de Thala dont parle Salluste était située non loin de l'endroit où le Bousselam el

rOued Zianin se réunissent pour former l'Adjebbi.

 

Le nom arabe Tsàlah (à, )l j') se prononce exactement comme le mot grec v't'XKy. dont

 

le latin Thala est la simple transcription.

 

(2) Voir notre notice de voyage de 1886 sur la marche de Marius sur Gafsa.

 

f3) La ville d'El Kef date de l'époque phénicienne ; elle avait un sanctuaire de la déesse-

Astarté, dont nous possédons une petite statue en bronze, trouvée à 2 mètres sous terre, à

l'emplacement même du temple. Le peuple y venait adorer cette déesse et à l'époque romaine,

les pèlerins continuaient à fréquenter ce lieu de Ve'uus. Pendant plusieurs .siècles, les filles de

la cité observaient la coutume de se livrer aux pèlerins pour gagner une dot. Sicca qui, en

phénicien, veut dire «les tentes» prit le nom de sicca-veneria, pour une cause facile i\ compren-

dre. Plus tard cette cité prit le nom de Ghikka Beneria, dont les Arabes firent Ghok ben Nahar.

 

 

 

HISTOIRE DU PA\S DES KHOUMIR 43

 

toire adjacent depuis le fleuve Tusca jusqu'à Hippone-Diarrhyte

(Byzerte).

 

Bulla et les Grandes Plaines restèrent à la Numidie, gouvernée

alors par Hiempsal et Hiarbas.

 

Bulla prend le nom de Bulla Regia (ville royale de Hiarbas.)

(An 88 av. J.-Gh.)

 

En l'an 88 avant notre ère, Hiarbas dominait le pays des Gran-

des Plaines, où se trouvait la ville de Bulla.

 

La maxime du Sénat romain, diviser pour dominer, ne s'est

jamais démentie. En distribuant à deux rois les restes de la Nu-

midie mutilée, il savait bien qu'il y établissait deux rivaux.

 

En effet, les deux compétiteurs Hiarbas et Hiempsal se firent

la guerre ; le premier dépouilla l'autre de son trône. L'histoire

romaine donne les motifs qui divisèrent ces deux rois, mais ici

nous ne pouvons pas entrer dans des détails, complètement étran-

gers à l'histoire des Numides.

 

Domitius Aenobardus, fuyant l'Italie où Sylla était triomphant,

se réfugia chez Hiarbas qui se joignit à lui avec les troupes dont

il S'était servi pour détrôner Hiempsal.

 

Bulla était, à cette époque, la capitale du roi Hiarbas, C'est à ce

titre qu'elle fut décorée de l'épithète de royale, qu'on lui trouve

désormais dans les géographes, les itinéraires et les actes des

conciles.

 

Campagne de Pompée. (82 av. J.-Ch.)

 

En l'an 82 avant notre ère, Sylla chargea Pompée de poursui-

vre Domitius et de pacifier l'Afrique. Pompée partit de Sicile

avec six légions , 120 vaisseaux de guerre et 800 bâtiments de

charge, qui portaient des munitions de toute espèce. Il vint pren-

dre terre à Gurubis, petit portlvoisin de Carthage (Kourba) ,et

marcha vers Utique (Utica), où Domitius et Hiarbas étaient cam-

pés avec des forces nombreuses.

 

Les deux armées se trouvaient en présence, mais elles étaient

séparées par un ravin dont la descente était rude et le sol ra-

boteux.

 

 

 

44 HISTOIRE DU PAYS DES KHOUMIR

 

Domitius jugea l'attaque impossible, d'autant plus qu'il tombait

pendant presque toute la journée une grosse pluie accompagnée

d'un vent violent ; il se retira vers son camp.

 

Alors Pompée^, jugeant que le moment favorable était venu,

passa le ravin et fondit à l'improvistesur l'armée numide qui se

relirait.

 

Le désordre se mit bientôt dans les rangs de Domitius et de

Hiarbas ; ajoutez qu'ils avaient en face la pluie et le vent venant

de l'est.

 

Les soldats de Pompée voulaient le proclamer Imperator sur le

champ de bataille, mais leur chef leur ayant déclaré qu'il n'accep-

terait cet honneur qu'après la prise du camp ennemi, ils y mar-

chèrent à l'instant et le forcèrent. Il était déjà nuit.

 

Pompée combattit tête nue pour être mieux reconnu de ses sol-

dats et pour éviter toute méprise funeste.

 

Le camp fut donc emporté. Domitius y périt.

 

Le carnage fut grand et de 20,000 hommes il n'en échappa que

3000. Hiarbas prit la fuite, abandonnant ses éléphants, que Pom-

pée voulut plus tard atteler à son char de triomphe et essaya

de rentrer dans le centre de son royaume, mais il en fut empêché

par les Maures auxiliaires que Gauda, fils de Bocchus, du parti

de Hiempsal, conduisait à l'armée de Pompée pour la seconder.

 

 

 

Pompée assiège BuUa Regia. (L'an 81 av. J.-Gh.)

 

Hiarbas fut obUgé de s'enfermer dans BuUa, sa capitale. Pom-

pée avait pénétré en Numidie pour rétablir Hiempsal sur le trône.

Les Numides effrayés prirent tumultueusement les armes pour

résister à cette invasion; mais Gauda, parcourant la contrée,

vainquit toutes les bandes qu'il trouva formées, et Hiempsal

fut sans peine rétabli sur le trône. Le général romain fit ensuite

le siège de Bulla Regia, où il prit Hiarbas et le fit mettre à mort.

Bulla Regia avait donc, à cette époque, un mur d'enceinte, puis-

que Pompée en fit le siège.

 

Au sujet de cette expédition, nous ne possédons plus aujourd'hui

que ces seuls renseignements dont les indications sont fortéparses

 

 

 

HISTOIRE DU PAYS DES KHOUMIR 45

 

dans les fragments de Salluste, Plutarque, Appien, Eutrope,

Aurélius-Victor, Oroze, Paul Diacre et Gouaré.

 

Juba I^i" succéda à Hiempsal, et la Numidie prit une grande

part dans la lutte entre César et Pompée. Juba fut ennemi per-

sonnel de César, aussi lutta-t-il contre les Romains jusqu'en l'an

46, où il fut complètement vaincu.

 

Bulla Regia, qui resta territoire numide après les victoires de

Pompée, doit bientôt être annexé à l'Afrique proconsulaire. Nous

jugeons donc à propos de parler ici des richesses du district des

Grandes Plaines.

 

Bulla Regia fut, au IV"ie siècle de notre ère, très vantée par St-

Augustin, né à Tagaste (Souk-Arhas) en l'an 354 de l'ère vulgaire.

(( Elle était située, dit Saint-Augustin, au milieu d'une campagne

très agréable et près d'une plaine excessivement riche et fertile.»

 

 

 

Richesse des Grandes Plaines.

 

Les anciens Africains aussi nous donnent des détails à peine

croyables sur la fertilité du sol de cette région et à une époque

même où elle n'était pas encore passée sous la domination immé-

diate de Rome. Strabon dit : « La récolte se fait deux fois par an,

au printemps et au commencement de l'hiver. Les épis atteignent

une hauteur de cinq coudées ; ils ont l'épaisseur du petit doigt;

la terre rend deux cent quarante grains par an. A vrai dire, les

habitants ne sèment pas ; sur les grains qui se sont éparpillés

dans les champs, à la moisson, ils passent des buissons épineux

pour les enfoncer sous terre et bientôt surgit l'espoir d'une nou-

velle récolte. La vigne y acquiert une grosseur prodigieuse ; deux

hommes suffisent à peine pour l'embrasser. ; les raisins ont jus-

qu'à une coudée de long. Par contre, plus au nord, dans les mon-

tagnes, le pays fourmille de lions, de panthères, d'éléphants, de

buffles, de singes, etc. ; dans les grandes rivières, il y a des cro-

codiles ; on trouve aussi des serpents, des dragons, des scorpions

ailés et non ailés.

 

(( Pour éviter les morsures de ces animaux veniîneux, les habi-

tants portent des bottes, frottent les pieds des lits avec des gous-

ses d'ail et les enveloppent de touffes d'épines.

 

 

 

46 HISTOIRE DU PAYS DES KHOUMIR

 

(( Les montagnes renferment des mines de cuivre ; les versants

de ces montagnes étaient partout couverts do forêts immenses,

riches en arbres de toute espèce dont les Romains essayaient de

faire la description avant même qu'ils leur eussent trouvé des

noms. On attachait aussi beaucoup de prix à certaines espèces de

mollusques qui fournissaient une pourpre très luisante. »

 

La campagne de Boll, à cause de sa richesse, a toujours été

un point de concentration de troupes, qui y trouvaient tous les ap-

provisionnements nécessaires. — Cette région est du reste la

seule dans les Grandes Plaines où il existe des sources d'eau po-

table avec un fort débit.

 

Les différentes concentrations de troupes qui ont été faites à

Bulla sont les suivantes : celles sous Asdrubal, Massinissa, Hiar-

bas, Gélimer. Stozas, etc.

 

 

 

Guerre de César. (46 av. J.-Ch.)

Bulla est annexée à l'empire romain.

 

En l'an 46 avant notre ère, pendant que César était en Afrique

à Zetta (Kneïs), la ville de Vacca (1) (Henchir Zaiet) fut saccagée

parJuba, parce que les habitants de cette cité avaient demandé

protection au général romain. Quelque temps après cet événement.

César se rendit à Zama où il déclara l'annexion de la Numidie

en province romaine. Les cantons de l'est, où se trouvaient Bulla

et le district de la Tusca, furent appelés ((Afrique la nouvelle ou

Numidie la nouvelle.» César, après l'avoir complètement pacifiée,

la mit sous le commandement de Salluste, qu'il décora du titre de

proconsul.

 

Salluste traita la Numidie comme un pays de conquête: il y

laissa un nom odieux et il s'y déshonora. Sa tâche était difficile,

il est vrai ; il fallait des rigueurs pour contenir une terre récem-

ment soumise, où Rome n'avait ni colonies, ni établissements et

où la civilisation avait à peine pénétré.

 

Salluste fut remplacé par Sextiusqui administra le pays de l'an

44 à l'an 40.

 

 

 

(1) Zetta et Vacca se trouvent au nord-est de la Sebka do Sidi el Hani.

 

 

 

HISTOIRE DU PAYS DES KHOUMIR 47

 

La Numidie, depuis cette époque, était plus que jamais enga-

gée dans les dissensions civiles de Rome, aussi fut-elle violem-

ment agitée par tous les événements qui éclatèrent à la mort de

César. Sextius, partisan de ce dernier, prétendit dépouiller Cor-

nificius, gouverneur de l'Afrique ancienne. Cornificius prévint

son attaque et vint assiéger Cirta capitale de la nouvelle province.

Mais, soutenu parle Numide Arabian et par les partisans opposés

à Cornificius, Sextius délivra Cirta. Cornificius se donna la mort.

Quelque temps après, Sextius devaitêtre remplacé par ordre d'Oc-

tave ; il commit un crime, mais il ne jouit pas longtemps du ré-

sultat obtenu. Les deux provinces furent réunies et organisées

par les soins d'Octave. Lépidus administra tous les pays, en maî-

tre absolu, pendant quatre ans. En 36 avant Jésus-Christ, Lépidus,

après avoir contribué à la défaite de Sextus Pompée, fut dépouillé

par Octave et le gouvernement des deux provinces fut confié à

Statilius Taurus, qui, en 35, obtint les honneurs du triomphe pour

quelques exploits contre des tribus insoumises.

 

 

 

An 27 avant Jésus- Christ.

 

En l'an 27 avant notre ère, Auguste, maître de l'empire romain,

partagea l'administration des provinces avec le Sénat, se réser-

vant pour lui-même, les postes les plus périlleux mais où étaient

concentrées toutes les principales forces militaires. Cirta était le

centre principal. Nous en parlerons plus loin.

 

La Numidie fut pendant quelque temps reconstituée en royaume

en faveur de Juba. A cette époque, les pays de la Tusca et des

Grandes Plaines commençaient à supporter déjà le joug des Ro-

mains, et de nombreux Italiens s'y étaient établis; les colonies s'y

multiplièrent et la transformation de cette contrée barbare com-

mençait.

 

En peu de temps, cette partie de l'Afrique devint semblable à

l'Italie, et le séjour en fut interdit aux criminels d'Etat.

 

(A suivre). A. WINKLER.

 

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