وصول الرومان لشواطيء الماتلين عام 204 ق.م

Le départ de l’armée

Le départ de l’armée

 

(1) Beaucoup de flottes romaines étaient parties de Sicile, et de ce port même ; mais non seulement dans cette guerre, — et ce n’est pas étonnant, car la plupart de ces flottes n’étaient parties que pour piller - mais même dans la guerre précédente, aucun départ n’avait offert un spectacle aussi imposant. (2) Pourtant si l’on jugeait de ces flottes par leur importance, deux consuls avec leurs deux armées consulaires avaient fait plusieurs fois cette traversée, et il y avait dans leurs flottes presque autant de bateaux de guerre que Scipion emmenait de bateaux de charge ; (3) car, outre ses quarante vaisseaux longs, il avait quatre cents transports environ pour faire passer son armée. (4) Mais la, seconde guerre punique paraissait aux Romains plus affreuse que la première, depuis qu’on se battait en Italie, et surtout après les grands massacres de tant d’armées, accompagnés de la mort de leurs généraux ; (5) et un chef comme Scipion, partie par ses exploits, partie par sa chance personnelle, vraiment puissante pour accroître sa gloire, avait obtenu des éloges qui avaient attiré l’attention, (6) comme le faisait son idée de passer en Afrique (ce qu’aucun général n’avait encore tenté dans cette guerre), parce qu’il avait répandu le bruit qu’il allait là-bas afin d’attirer Hannibal hors de l’Italie, de porter et terminer la guerre en Afrique. (7) Pour assister à ce départ était accourue au port la foule non seulement des habitants de Lilybée, mais de toutes les députations de Sicile qui étaient venues escorter Scipion pour lui rendre leurs devoirs, et avaient suivi le préteur de la province, Marcus Pomponius. (8) En outre, les légions qu’on laissait en Sicile s’étaient avancées pour accompagner leurs camarades ; ainsi, non seulement la flotte, pour ceux qui la regardaient de la terre, mais toute la terre environnante, couverte de foule, pour ceux qui partaient sur les bateaux, formaient un beau spectacle.

La traversée[modifier]

 

(1) Alors, ayant fait faire le silence par le héraut, Scipion dit : "Dieux, Déesses qui habitez les mers et les terres, je vous en prie, je vous le demande, (2) que tout ce qui s’est fait, se fait et se fera durant mon commandement, pour moi, pour le patriciat et la plèbe de Rome, pour les alliés et les Latins, pour ceux qui suivent le parti du peuple romain et le mien, mes ordres et mes auspices, sur la terre, sur la mer et sur les fleuves que cela tourne bien ; tout cela, puissiez-vous l’aider, le faire prospérer par un développement prospère ; (3) puissiez-vous dans nos maisons ramener mes soldats et moi sains et saufs, ayant vaincu les ennemis, en vainqueurs, ornés de leurs dépouilles, chargés de butin, et triomphants ; rendez-nous possible la vengeance contre ceux qui nous veulent du mal et ceux qui nous font la guerre ; (4) et tout le mal que le peuple de Carthage s’est efforcé de faire à notre État, donnez-nous, au peuple romain et à moi, le pouvoir de le faire, de façon exemplaire, à l’État carthaginois". (5) Après cette prière, il jeta à la mer, selon l’usage, les entrailles crues de la victime que l’on avait sacrifiée, et fit donner par la trompette le signal du départ.

(6) Partis par un vent favorable, assez fort, ils furent bientôt emportés hors de la vue de la terre. À partir de midi, il commença à y avoir un tel brouillard que les navires avaient peine à s’éviter ; le vent devint plus faible en pleine mer. (7) Pendant la nuit suivante, la même brume persista ; le soleil levant la dissipa, et le vent gagna en force. Déjà on distinguait la terre. (8) Peu après, le pilote dit à Scipion que l’Afrique n’était pas à plus de cinq milles, qu’il distinguait le promontoire de Mercure ; s’il ordonnait de se diriger sur ce point, bientôt toute la flotte serait au port. (9) Scipion ayant, quand la terre fut en vue, demandé aux dieux que ce fût pour le bien de l’État et pour le sien qu’il voyait l’Afrique, ordonne de larguer les voiles et de chercher plus bas un autre point pour faire aborder les vaisseaux. (10) Le même vent les poussait toujours ; mais le brouillard, se levant à peu près à la même heure que la veille, ôta la vue de la terre, et le vent, étouffé par ce brouillard, tomba. (11)Ensuite, la nuit augmenta encore l’incertitude en toutes choses. Aussi jeta-t-on les ancres, de peur que les navires ne se heurtent entre eux ou ne soient portés contre la côte. (12) Au jour, le même vent, s’étant levé, dispersa le brouillard, et découvrit toute la côte d’Afrique. Scipion, ayant demandé quel était le promontoire le plus proche et appris qu’on l’appelait "promontoire du Beau", déclara : "Ce présage me plaît, dirigez vers ce point les navires". (13) La flotte y alla rapidement, et l’on débarqua toutes les troupes.

Si j’ai rapporté que la traversée fut heureuse, sans crainte ni désordre, c’est sur la foi de très nombreux auteurs grecs et latins. (14) Coelius expose qu’à cela près que les navires ne furent pas engloutis par les flots, ils connurent toutes les terreurs qui peuvent venir du ciel et de la mer ; qu’enfin la flotte fut emportée, par la tempête, de l’Afrique à l’île d’Aegimure ; (15) que, de là, elle eut de la peine à rectifier sa course, et que, les navires étant près d’être engloutis, les soldats, sans ordre du général, sur les canots, comme des naufragés, gagnèrent sans armes la terre au milieu d’un grand désordre.

Établissement du camp romain. Panique à Carthage

 

(1) Leurs troupes débarquées, les Romains jalonnent leur camp sur les hauteurs les plus proches. (2) Déjà ce n’était pas seulement dans les campagnes de la côte que, d’abord, la vue de la flotte, puis l’irruption des hommes descendus à terre avaient répandu la peur et l’effroi, mais dans les villes mêmes. (3) Non seulement en effet une foule d’hommes, mêlée à des files de femmes et d’enfants, avait couvert çà et là tous les chemins, mais les paysans poussaient devant eux leurs troupeaux de sorte qu’on eût dit qu’on abandonnait soudain l’Afrique. (4) Dans les villes mêmes, ces fuyards provoquaient un effroi plus grand que celui qu’ils y avaient eux-mêmes apporté ; à Carthage, en particulier, l’émoi fut presque aussi grand que si la ville avait été prise. (5) C’est que, depuis les consuls Marcus Atilius Regulus et Lucius Manlius, soit près de cinquante ans, ses habitants n’avaient pas vu d’armée romaine, excepté les flottes qui, venues pour piller, faisaient des débarquements dans les campagnes côtières, (6) d’où, ayant enlevé ce que le hasard leur avait offert, les soldats revenaient toujours à leurs navires sans attendre que les cris d’alarme eussent rassemblé les paysans. D’autant plus grandes furent alors la fuite et la peur dans la ville. (7) Et, ma foi, les Carthaginois n’avaient chez eux ni armée solide, ni général à opposer aux Romains. Hasdrubal fils de Gisgon, par sa naissance, son renom, sa fortune, et maintenant, en outre, son alliance avec un roi, était de loin le premier personnage de l’État ; (8) mais on se rappelait que le Scipion qui venait de débarquer l’avait, en plusieurs batailles, battu et repoussé en Espagne, et que le général des Carthaginois ne valait pas plus le général romain que leur armée improvisée l’armée romaine. (9) C’est pourquoi, comme si Scipion allait attaquer la ville sur le champ, on cria aux armes, on ferma à la hâte les portes, des troupes, des sentinelles et des postes furent disposés sur les murs, et l’on veilla pendant la nuit suivante. (10) Le lendemain, cinq cents cavaliers, envoyés du côté de la mer en observation et pour gêner le débarquement, tombèrent sur des postes romains.(11) Déjà en effet Scipion, ayant envoyé sa flotte à Utique, avait lui-même, sans s’avancer beaucoup loin du rivage, occupé les hauteurs les plus voisines, et employé sa cavalerie soit en la plaçant à des endroits favorables pour établir des postes, soit en l’envoyant piller la campagne.

L’arrivée de Masinissa (fin de l’été 204)

 

(1) Ces derniers cavaliers, ayant engagé le combat avec les cavaliers carthaginois, tuèrent quelques-uns d’entre eux dans la lutte même, et la plupart des autres dans la fuite où ils les poursuivirent, entre autres leur commandant Hannon, un jeune noble. (2) Non content de piller la campagne à l’entour, Scipion enleva une ville indigène toute proche et assez importante, (3) où, en dehors de tout le butin embarqué aussitôt sur des transports, et envoyé en Sicile, il prit huit mille têtes d’hommes libres et d’esclaves. (4) Cependant le fait le plus heureux pour les Romains, au début de leur expédition, fut l’arrivée de Masinissa ; certains disent qu’il arriva avec deux cents cavaliers au plus, la plupart avec une cavalerie forte de deux mille hommes. (5) Au reste, comme il fut de beaucoup le plus grand de tous les rois de son temps, et celui qui aida le plus Rome, il vaut la peine, me semble-t-il, de faire une digression, pour raconter par quelles vicissitudes de la fortune il perdit et recouvra le royaume paternel.

(6) Il combattait pour les Carthaginois en Espagne quand son père mourut (il s’appelait Gala). Le pouvoir passa suivant l’usage des Numides, au frère du roi, Oezalcès, qui était très âgé. (7) Peu de temps après, Oezalcès étant mort aussi, l’aîné de ses deux fils, Capussa - l’autre étant un enfant en bas âge - reçut le pouvoir paternel. (8) Mais, comme il l’obtenait à cause des lois de son peuple plus que par son autorité parmi les siens ou sa puissance matérielle, il se leva un certain Mazaetullus, qui était non étranger au sang de ces rois, mais d’une branche qui leur avait toujours été hostile et avait disputé, avec des fortunes diverses, le pouvoir à ceux qui le détenaient. (9) Cet homme, ayant soulevé ses compatriotes, auprès desquels il avait beaucoup d’autorité parce qu’ils détestaient leurs rois, établit ouvertement un camp et força ainsi le roi Capussa à descendre en ligne et à combattre pour son trône. (10) Dans cette bataille, Capussa tomba, ainsi que beaucoup de grands ; tout le peuple des Maesulii passa sous les ordres et l’autorité de Mazaetullus. (11) Il s’abstient cependant de prendre le nom de roi, et, se contentant du titre modeste de tuteur, il nomme roi le jeune Lacumazès, survivant de la famille royale. (12) Il épouse une noble carthaginoise, fille d’une sœur d’Hannibal mariée dernièrement au roi Oezalcès, dans l’espoir de devenir l’allié des Carthaginois, (13) et il rajeunit les liens d’hospitalité qui l’unissaient depuis longtemps à Syphax en lui envoyant des députés ; il se préparait en tout cela autant d’aides contre Masinissa.

Masinissa part à la reconquête de son royaume (206)

 

(1) Masinissa, de son côté, en apprenant que son oncle était mort, puis que son cousin germain avait été tué, passa d’Espagne en Maurétanie. Le roi des Maures était alors Baga. (2) En le suppliant, en lui adressant les prières les plus humbles, il obtint de lui, pour l’escorter sur la route - faute de pouvoir en obtenir pour combattre - quatre mille Maures. (3) Avec eux, après avoir envoyé un message aux amis de son père et aux siens, il arriva aux frontières de son royaume, où cinq cents Numides environ vinrent à lui. (4) Renvoyant alors les Maures, comme c’était convenu, à leur roi, quoique la troupe qui était venue se grouper autour de lui fût sensiblement plus faible qu’il ne l’avait espéré, et insuffisante pour oser sans hésiter une si grande entreprise, (5) pensant que par son action et ses efforts pour augmenter ses forces il réunirait encore quelques troupes, il court du côté de Thapsus au devant du petit roi Lacumazès, qui partait pour se rendre auprès de Syphax. 6. L’escorte de Lacumazès s’étant réfugiée en tremblant dans la ville, Masinissa l’enlève au premier assaut, et, parmi les gens du roi, accueille les uns, qui se livrent à lui, massacre les autres qui préparent la résistance ; mais la plupart, avec le jeune roi lui-même, au milieu du désordre, parviennent jusque chez Syphax, où ils voulaient aller.

(7) Le bruit de ce succès, modeste, mais remporté au début d’une campagne, tourna les Numides du côté de Masinissa ; de tous côtés affluaient, venant des campagnes et des bourgs, les vieux soldats de Gala, et ils poussaient le jeune homme à reconquérir le royaume de son père. (8)Par le nombre de ses troupes, Mazaetullus l’emportait sensiblement : car il avait, par lui-même, et l’armée avec laquelle il avait vaincu Capussa, et quelques détachements qu’il avait accueillis après la mort du roi ; et le jeune Lacumazès lui avait amené de chez Syphax de gros renforts. (9)Mazaetullus disposait ainsi de quinze mille fantassins et de dix mille cavaliers ; Masinissa leur livra bataille, quoique étant loin d’avoir autant d’infanterie et de cavalerie. La victoire alla cependant à la valeur des vieux soldats et à l’habileté d’un général exercé au milieu des luttes entre Romains et Carthaginois. (10) Le jeune roi, avec son tuteur et une petite troupe de Masaesulii, se réfugia sur le territoire de Carthage.

Ayant ainsi recouvré le royaume de son père, Masinissa, qui voyait bien qu’il lui restait encore à soutenir contre Syphax une lutte qui, par son importance, ne l’emportait pas de peu sur la première, jugea que le mieux était de se réconcilier avec son cousin germain ; (11) il envoya des députés chargés de faire espérer au jeune roi, que, s’il se confiait à la loyauté de Masinissa, il aurait les mêmes honneurs qu’avait eus Oezalcès auprès de Gala, (12) et de promettre à Mazaetullus, outre l’impunité, la restitution loyale de tous ses biens ; et tous deux, préférant à l’exil une fortune modeste dans leur patrie, malgré tous les efforts concertés des Carthaginois pour empêcher cette entente, se laissèrent gagner par Masinissa.

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